Miserere, de Jean-Christophe Grangé

Miserere, de Jean-Christophe Grangé


Miserere

Auteur : Jean-Christophe Grangé
Éditeur : Albin Michel
Genre : polar
Longueur : roman

Résumé : un maître de chœur chilien est retrouvé assassiné dans une église arménienne, en plein Paris. Un assassinat peu ordinaire, l’homme ayant succombé à une crise cardiaque, elle même consécutive à une douleur insoutenable. Des empreintes de pas de taille 36 sont retrouvées sur les lieux du crime. Des empreintes d’enfant. Lionel Kasdan, un flic arménien à la retraite et ex-barbouze, et Cédric Volokine, un jeune flic en disponibilité pour cause de cure de désintox à l’héroïne décident de faire équipe pour retrouver les meurtriers…

Mon avis : Avant toute chose, je précise que je ne suis pas familière du genre polar, et que de Grangé, je ne connaissais que l’adaptation ciné des « rivières pourpres ». Je ne suis donc pas en mesure de dire s’il s’agit d’un bon ou d’un mauvais Grangé, vu que je n’ai pas de point de comparaison. Cependant, pour une première découverte, je dirais qu’elle globalement positive.

Au niveau de l’histoire, le pitch m’a intéressée car il est centré sur le passé récent, entre seconde guerre mondiale et dictature sud-américaine, tout en intégrant des aspects plutôt glauques, tournant autour de la douleur physique. La progression de l’enquête est plutôt bien menée, avec une montée en puissance progressive, plusieurs pistes possibles qui finissent toutes par converger vers un seul et unique chemin, lequel mêle les thématiques citées ci-avant. La conclusion est cependant un peu vite amenée, par opposition avec une baisse de rythme indéniable à peu près au milieu du livre, une baisse qu’il faut s’efforcer de surmonter pour retrouver l’intérêt de l’histoire une cinquantaine de pages plus tard. Le talent de narrateur de Grangé fait qu’il arrive à faire passer auprès du lecteur des éléments assez improbables pour des éléments existant réellement. Disons qu’il m’est arrivé plusieurs fois de me demander si les faits énoncés étaient réels ou totalement inventés pour les besoins de l’histoire. C’est un sentiment à la fois très jouissif et très inquiétant.
On notera cependant quelques passages pas forcément utiles et relevant pour certains d’une certaine forme de fanservice avec pèle mêle:

– le catalogue du début avec toutes les abréviations relatives aux différents services de police existant en France. Ça donne l’impression que l’auteur nous dit « hé, lecteur, t’as vu, hein, comme je suis trop calé sur le sujet ? »
– Idem pour la description précise de chaque arme (modèle, typologie des coups) utilisée et/ou croisée dans l’histoire.
– le passage dans la boîte SM: c’est glauque, malsain, je n’ai rien contre en règle générale, mais là, très clairement, tout le chapitre est « gratuit », car il n’apporte rien à l’histoire si ce n’est faire frémir le lecteur. Disons que cela conforte le conditionnement qui est une des thématiques de l’histoire, mais à mon sens, c’était ici too much.

Au delà de l’enquête, je suis ressortie du livre avec la sensation que l’auteur a voulu plus s’attacher à travailler ses personnages. Parce qu’au final, c’est vraiment ce que j’ai retenu. L’enquête sert de support au développement des personnalités des deux principaux protagonistes. D’un côté, le vieux flic, ex-soldat, qui a fait quelques campagnes pas forcément très ragoûtantes dans les anciennes colonies françaises, et qui se coltine un fond de dépression chronique pas piqué des vers, veuf, et sans plus aucun lien avec son fils; de l’autre le jeune flic, complètement junkie mais brillant, sportif, qui a eu une enfance très difficile, qui vit avec son temps, mais toujours à la marge de la légalité, le beau gosse par excellence, et tout à fait craquant avec son côté chaton écrasé par la vie. Pour chacun des deux, l’enquête va revêtir une importance personnelle et leur permettre d’évoluer, de sortir de leur impasse respective, et d’apprendre de l’autre.
En ça, je dois avouer que le livre m’a vraiment beaucoup intéressée.

Concernant le style maintenant : alors là, c’est une question de goût, mais le style Grangé… Je kiffe. Complètement. C’est tout à fait ce que j’aime, une écriture efficace certes, mais travaillée, avec de vraies bonnes idées, un sens de la formule et des dialogues ciselés et percutants. Un très bon sens de la métaphore, et de belles phrases qui sont surprenantes au beau milieu d’un polar, il faut bien l’avouer. Le seul « défaut » qui m’a faite sourire est la technique employée par Grangé pour caler ses passages descriptifs dans le texte. Il le fait systématiquement du point de ses personnages (bonne idée), mais avec un subtilité digne d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. La technique narrative se voit trop de ce point de vue.

En résumé, un plutôt bon bouquin du fait de ses personnages et de leur progression tout en subtilité, une intrigue qui fait toutefois un peu patchwork et une fin un peu trop expédiée.

Fiche issue de : Livre émoi.

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