Le livre de Cendres, de Mary gentle

Le livre de Cendres, de Mary gentle


Le livre de Cendres

Auteur : Mary gentle
Édition : Lune d’Encre chez Denoël
Genre : Uchronie, fantasy, historique
Longueur : Roman (4 tomes)

Résumé : Pierce Ratcliff est un historien qui au début des années 2000, décide de s’atteler à la traduction de nombreux manuscrits relatant la vie de la jeune Cendres, capitaine du Lion Azur, une compagnie de mercenaires oeuvrant en plein cœur du XVème siècle dans une “Europe” partagée entre l’empire des Habsbourg, le royaume de France et celui de Bourgogne. Cendres a dix-neuf ans, un caractère bien trempé, et de profondes cicatrices sur visage. Et surtout, elle entend des voix, « ses » voix. Celles qui lui permettent d’être victorieuse, celles qui lui valent le respect de ses hommes, celles qu’elle considère comme lui venant de Dieu. Au cours de ses recherches et de ses traductions, Ratcliff va se rendre compte que non seulement cette histoire a été oubliée mais aussi et surtout qu’elle recèle des événements en totale contradiction avec la mémoire collective…

Avis : “Le livre de Cendres” est une uchronie, à savoir une réécriture de l’Histoire basée sur la modification d’un événement. Cette saga particulièrement dense (comptez environ 2000 pages en format poche) est très originale à plus d’un titre dont l’un, non négligeable, réside dans la construction du récit. En effet, il nous est apporté par le personnage de Ratcliff dont on suit entre chaque grande partie traduite des manuscrits, la correspondance avec son éditrice. Lui croit ne procéder qu’à un travail d’historien passionnant en déterrant une part méconnue de l’histoire de France relative à une proto Jeanne d’Arc, elle est persuadée de tenir là la future meilleure vente de l’année… Jusqu’à ce que lui se rende compte que plus il avance dans sa traduction, et plus les événements relatés n’ont plus le moindre rapport avec l’Histoire, et elle commence à douter de la pertinence et de la solidité dudit projet de traduction. Parce que tout cela n’a PAS pu se produire, sauf à remettre en question un pan entier de l’histoire de l’Europe.

En parallèle, on découvre donc la vie de Cendres dans ce XVème siècle. Entendons-nous bien, ce moyen-âge là n’est pas celui des preux chevaliers, des nobles châtelains et des belles princesses ; non c’est celui de la crasse, de la boue, de la sueur, du sang et de la merde. Le récit est brutal, réaliste, et sans concession. Cendres est une orpheline ramassée toute petite par le train de bagage d’une troupe de mercenaires. Elle survit comme elle le peut, se réchauffe comme elle le peut, découvre la vie on ne peut plus tôt, hérite ses cicatrices des suites d’un viol subi à l’âge de neuf ans. N’attendez aucune complaisance de la part de l’auteur, ni dans l’excès de violence, et encore moins dans un éventuel pathos qui serait susceptible de faire larmoyer dans les chaumières. Le style est plaisant, parfois haché pour rendre le rythme des combats et des joutes verbales pas piquées des vers, mais aussi exigeant. Non pas sur la sémantique employée (hormis le vocabulaire propre au moyen âge, mais les bas de page sont d’un grand secours), mais sur le rythme. Ça ne se lit pas en dilettante. A noter également la violence des combats – à l’époque, c’était du corps à corps, et quand ce ne l’était pas, il y avait des grosses haches pas belles mais qui coupaient très bien – et leurs conséquences, si bien rendues qu’elles sont susceptibles de rebuter les âmes sensibles.

Pour en revenir à l’histoire, Cendres et sa troupe se retrouvent un jour à proximité de Gênes, pour se rendre compte que la ville, et bien d’autres ont été entièrement incendiées, et rayées de la carte alors que dans le même temps, des mouvements massifs de troupes se font sur les côtes “italiennes” et envahissent peu à peu l’Europe. Il s’agit d’une invasion carthaginoise. Or… « Delenda Cartago est », vous vous souvenez ? Carthage a été détruite par l’armée romaine, un paquet de siècles plus tôt. Carthage n’existe PLUS au XVème siècle.

Cette invasion s’accompagne de la disparition du soleil. En effet, tous les territoires conquis par Carthage se retrouvent plongés dans une nuit inexplicable, une nuit qui n’en finit pas, une nuit qui amène le froid et la neige, qui détruit les récoltes, et qui plonge des peuples entiers dans la misère et la mort.

Il ne reste plus qu’un seul territoire en Europe, non occupé. Il s’agit de la Bourgogne. La Bourgogne vers laquelle Cendres et sa troupe décident de se diriger, pour offrir leurs services au duc Charles le Téméraire et tâcher, d’une manière ou d’une autre, de sauver ce monde au bord de la destruction. Après tout, ne s’agit-il pas de leur dernière chance de survivre ?

Il est difficile d’en dire plus sur cette histoire sans spoiler gravement le lecteur potentiel. Tout ce que je peux en dire après ce résumé quelque touffu, c’est que, s’il est assez difficile de rentrer dans le récit au cours des premières pages, un fois que l’on est ferré, il est extrêmement difficile de s’en extirper. Le personnage de Cendres est attachant avec ses qualités mais aussi ses défauts, sa violence et son sens du pragmatisme, et il en est de même pour les personnages qui gravitent autour d’elle tels que le chirurgien de la compagnie, Florian/Floria del Guiz, le prêtre Godfrey, son officier Robert Anselm, et le très mignon et très gay artilleur Angelotti. Enfin, les explications relatives à la dissonance entre les aventures de Cendres et l’Histoire de France sont amenées progressivement, pour conclure l’histoire en apothéose.

Fiche issue de : Livre émoi.

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