Le Manoir, d’Emma Cavalier

Le Manoir, d’Emma Cavalier


Le manoir par Cavalier

Le manoir

Auteur : Emma Cavalier
Genre : Érotique, BDSM.
Longueur : Roman. 300 pages environ.

Résumé : Le Manoir est le récit de Pauline, jeune archiviste chargée de mettre de l’ordre dans les documents accumulés dans une demeure consacrée depuis un siècle à des pratiques et des rencontres sadomasochistes. Totalement ignorante de cet univers, Pauline entrevoit un monde étonnant de fantasmes. A cette découverte troublante que nous suivons pas à pas au gré des documents classés par Pauline, se mêle une expérience bien réelle avec son employeur, Julien, qui lui impose des règles en fonction de ses caprices. Aux prises avec cet homme qui associe allègrement la souffrance avec le plaisir, la complicité avec la brutalité, Pauline se retrouve face à elle-même, à ses propres désirs et à ses propres choix. Nous suivons alors son apprentissage, celui de la douleur consentie, du plaisir, de l’amour et de l’acceptation de soi. Le Manoir, porté par la finesse et la force de son style autant que par la puissance de ses évocations, s’inscrit dans la lignée des grands romans de la littérature sadomasochiste aux côtés d’Histoire d’0, Le Lien, Carnets d’une soumise de province ou Frappe-moi !

Avis : Trouver une bonne lecture érotique, pour moi, s’apparente toujours à la recherche d’un Graal, et c’est encore plus compliqué lorsqu’il s’agit de trouver une bonne lecture sur le sujet du BDSM (là…). Avec Le manoir, je savais pourtant d’emblée que ce ne serait pas le cas. On a parfois des compréhensions, comme ça, de par l’intelligence que l’on voit de son auteur, de par la qualité du style que l’on entrevoit… Je ne sais plus exactement quels sont les éléments qui m’avaient donné cette certitude mais, ce que je peux dire, c’est que ce roman a été parfaitement à l’image de ce que j’attendais.

Alors, élément 1 (décortiquons un peu) : le style.
Ce roman est écrit dans un style un peu précieux, très « littérature classique » et on sent, de par ce biais, très fortement les influences classiques de l’auteur qui, à n’en pas douter, a dû lire un certain nombre de ces romans classiques de la littérature érotique et BDSM qui sont d’ailleurs parfois cités dans Le Manoir. Et le style est absolument ex-cel-lent, d’une grande richesse, avec beaucoup de vocabulaire, impeccable à tous les niveaux… Et je peux dire que ça a été un élément important dans le plaisir que j’ai pris à lire ce roman : rien que pour ça, il vaut vraiment le coup. J’aimerais lire plus souvent des romans érotiques aussi  bien écrits, d’ailleurs.

Ensuite, l’histoire.
Elle est maligne ! L’auteur aborde le sujet du BDSM en prenant pour cadre une plongée dans un érotisme bourgeois très « ancienne époque », et qui fait écho, de par ce biais, à cette littérature classique dont je parlais au-dessus. Et, pour ce faire, elle a choisi de faire entrer son personnage dans la recherche de l’ « histoire » du Manoir dans lequel se place l’intrigue, en tant qu’archiviste : c’est un emploi auquel elle postule suite à une demande du maître des lieux, et qui la plonge d’emblée dans le SM du fait qu’elle accepte parallèlement de recevoir des « punitions » en cas d’insatisfaction face à son travail. On est donc tout de suite face à une héroïne à la « O » (du roman Histoire d’O), c’est à dire qui entre dans ce milieu avec une relative facilité et acceptation rapide des règles inhérentes (même si Pauline a, ici, un caractère bien différent).
Le roman se décline donc en le récit de l’immersion de Pauline dans la relation SM qu’elle a avec le maître des lieux, soit le charismatique Julien, tout en étant entrecoupé de ses découvertes en tant qu’archiviste et qui retracent la vie du Manoir sur près d’un siècle, en plus d’aborder sur la fin la jeunesse de Julien, ce qui permet de mieux le connaître.
Bref, c’est malin, c’est intriguant, et c’est très bien mené du début à la fin.

Un bémol : la succession du schéma transgression/punition que j’ai fini par trouver un peu répétitive à un moment du roman : il n’y a pas eu grand chose, juste une fois ou deux qui m’ont fait me dire « encore » et songer que, ça allait, maintenant il fallait passer à autre chose, mais l’auteur l’a finalement fait juste ensuite et c’était donc extrêmement léger (attention, j’ai trouvé que c’était un excellent roman, je suis donc pointilleuse : je ne le suis que quand j’ai eu vraiment quelque chose d’excellent dans les mains et c’est plutôt un très bon signe).
Et je pourrais peut-être ajouter… (dans un mode encore plus pointilleuse) le trop, peut-être, de ressemblance avec Histoire d’O. Alors, l’histoire n’est pas pareille. Histoire d’O m’avait fascinée mais le manoir a le mérite d’introduire une romance qui était inexistante dans le roman de Pauline Réage et surtout un personnage masculin qui n’est pas limité à son rôle de dominateur (je veux d’ailleurs absolument lire le Julien soumis dans la suite du Manoir), mais j’ai eu le sentiment, parfois, que l’influence était trop perceptible, et que plus d’émancipation serait encore mieux (en même temps, c’est le premier roman de son auteure, donc ça se comprend – et chapeau pour un tel premier roman, d’ailleurs !). Pour autant, j’en profite pour dire que ce roman est effectivement ce que j’ai pu lire de plus proche d’Histoire d’O, donc, et que je le conseille donc sans aucun doute à qui aura aimé ce dernier : vous devriez vous régaler avec Le Manoir !

Remarques annexes :
– Le sujet de la douleur dans le BDSM m’a toujours semblé un sujet sur lequel il ne pouvait pas être fait l’impasse, quel que soit les réticences que l’on puisse avoir à ce sujet, et ce roman m’a confortée dans cette idée : il doit être traité, et Le manoir le fait très bien,
– Les dominateurs « purs », dans le sens qui n’ont jamais expérimenté la soumission, me dérangent toujours, dans le sens où je les trouve aisément paternalistes et peu attrayants, en conséquence. C’est l’un des éléments faisant que je peux avoir du mal à apprécier mes lectures BDSM : j’ai besoin de plus d’équilibre que ça, même de manière très légère. J’ai donc été plus que ravie de voir que Emma Cavalier partageait ce regard, rare, sur cette nécessité d’ « échange ». Dans les règles du Manoir, pour pouvoir dominer, il faut effectivement d’abord avoir été soumis. Et j’ai adoré ça (et je veux lire le Julien soumis – oui, re !).

Bref, un roman à lire absolument, de par le style/la langue, et de par le traitement du sujet du BDSM !

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