Les rois maudits, de Maurice Druon

Les rois maudits, de Maurice Druon


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Les rois maudits

Auteur : Maurice Druon
Genres : Roman(s) historique(s), Saga.
Longueur : 7 tomes (environ 200 pages chacun, 1300 pages en tout).
Note : Traduit en de nombreuses langues (espagnol, russe, anglais, italien, portugais…)

Liste des tomes :
1 – Le roi de fer
2 – La reine étranglée
3 – Le poisons de la couronne
4 – La loi des mâles
5 – La louve de France
6 – Le lys et le lion
7 – Quand un roi perd la France

Résumé : « Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races !… »

On est en 1314. Philippe IV, beau à tomber mais froid comme la glace, est roi de France. Son dada, c’est l’État. Son taf, c’est de le renforcer. On le surnomme Philippe-le-Bel.
Là où le bât blesse, c’est du côté de ses enfants. Les rejetons ne sont pas franchement à la hauteur de papa, surtout pour deux d’entre eux.

Il y a tout d’abord Louis, 25 ans, l’aîné et héritier, caractériel et immature, à qui le papa enjoint souvent de la boucler pour lui éviter de débiter trop de conneries. Ça promet pour la succession, se dit sûrement le pauvre roi.
Vient ensuite Philippe, parce que dans une famille royale on se doit d’appeler au moins l’un de ses enfants comme soi-même. Philippe, 21 ans, c’est un peu tout le contraire de son grand frère : réfléchi, calme, la tête sur les épaules et voyant plus loin que le bout de son nez. Lui, il tient à peu près la route, se dit son roi de père.
Et puis il y a Charles. Que dire… Lui aussi est immature, mais il n’a que 19 ans, alors il y a encore de l’espoir à ce niveau. Mais il est aussi assez faible de la tête ­– pour rester gentil – et contre ça, comme le chantait Brassens, « le temps ne fait rien à l’affaire »…
Et enfin tout là-bas chez les Rosbifs il y a Isabelle, 22 ans, mariée au roi d’Angleterre. On y reviendra.

Et parce qu’il n’y ne saurait y avoir qu’un seul roi en France et qu’un contre-pouvoir tout aussi (voire plus) puissant et riche mettrait la stabilité de l’État en danger, Philippe le Bel organise un barbecue en bord de Seine sur lequel il fait griller les chefs d’un ordre de chevalerie devenu dangereusement puissant (d’autant plus menaçant qu’international donc non inféodé au roi de France) : les Templiers. Et au passage, ça lui évite de leur rembourser l’argent que l’État leur a emprunté dernièrement, mais ça ne lui avait sûrement pas effleuré l’esprit, hein ?

Mais pendant qu’il est en train de flamber joyeusement, le chef des Templiers se dit que nom de nom, ils ne l’emporteront pas au paradis m’enfin quoi, et entre deux quintes de toux dues à la fumée (non mais qui c’est qui m’a mis du bois vert dans ce bûcher, bon sang ! Z’ont jamais fait de feu de cheminée ? Savent pas que ça enfume?) très échauffé il lance une malédiction non seulement sur les personnes responsables de cette soirée grillades, mais aussi sur leurs enfants, et sur les enfants de leurs enfants, etc . Ben oui, faut pas séparer les enfants de leurs parents, à c’qu’il parait…

Et tandis que tout ce beau monde est très occupé par cette affaire brûlante, les belles-filles du roi – du moins deux d’entre elles –­ se disent que c’est le moment rêvé pour s’organiser une petite sauterie torride de leur côté avec leurs amants respectifs, deux jeunes frères en poste à la Cour. Ben oui, parce quand on est cousines et qu’on a épousé deux frères (respectivement Louis et Charles) on continue dans cet esprit de fraternité et on se choisit deux autres frères pour les tromper (Gauthier et Philippe, mais pas le même Philippe que plus haut, vous suivez?)
Bref, profitant de ce que leurs maris respectifs sont aux premières loges pour le feu de joie, les princesses (Marguerite, 21 ans, et Blanche, 18 ans) s’envoient leurs jeunes écuyers dans une sorte de partie à quatre tout en regardant les templiers griller depuis la fenêtre de leur chambre à coucher. À chacun ses goûts particuliers…

Revenons maintenant à Isabelle, fille de Philippe le Bel, sœur de Louis, de Philippe (dit le Long, parce qu’il est grand – faut bien un p’tit surnom pour le distinguer de son père!) et de Charles, et reine d’Angleterre. Celle-ci, oui, Philippe aurait bien aimé la voir prendre sa succession. Elle lui ressemble : froide, réfléchie, calculatrice, un solide sens politique et le souci de la grandeur du trône du France. Sauf que voilà, il a dû la sacrifier à la raison d’État et à la paix avec les Rosbifs; donc il a accepté de renoncer à elle quelques années auparavant pour la marier au roi d’Angleterre, Édouard II.
Et puis de toute façon c’était Louis l’aîné et l’héritier, un roi ne choisit pas son successeur comme il lui plaît, il y a des règles de succession et des lois dynastiques et tout et tout…
Tant pis, Isabelle n’aura pas la France, mais la France aura la paix. Enfin on espère.

Sauf que voilà, Isabelle a un gros souci : son mari ne la touche pas, ou en tout cas plus depuis longtemps. Le Rosbif-en-chef préfère les messieurs. Du coup elle l’a mauvaise. D’autant qu’il lui a piqué ses bijoux persos pour les offrir à son chéri du moment, qui ne se cache pas de les porter. Pas très sympa, le bougre !
Isabelle, frustrée et vexée, ne peut pas encadrer ses belles-sœurs de France même en enluminure. Ce n’est pourtant pas de leur faute si elles sont heureuses en amour tandis qu’elle-même se voit refuser ce bonheur ! C’est vrai quoi, plutôt que d’enquiquiner le monde avec sa mine de six pieds de long, elle aurait mieux fait de faire comme elles et de se prendre un amant discret !
Mais non, elle compte rester droite dans ses bottes, la Isa ­– la vraie fille de son père, celle-là ! – et ne pardonne pas à ceux qui n’en font pas autant. Ce qui fait qu’au moment où elle apprend que ses frangins sont cocus, au lieu de les plaindre elle est vénère mais voit aussi tout de suite tout le mal qu’elle va pouvoir faire aux belles-sœurs. Chouette !

Oui, je vous vois venir : Quoi ? Point de Robert d’Artois dans tout ça ? Point de Mahaut d’Artois ? Pour ceux qui suivent encore, Mahaut est la mère de Blanche et de Jeanne (la troisième belle-sœur dont on n’a pas parlé, la femme de Philippe le Long), et donc la belle-mère de deux des trois fils du roi. Non seulement elle ne va pas être ravie de voir ses filles accusées et enfermées, parce que ça porte un coup à son influence, mais en plus elle est en bisbilles depuis des années avec son neveu Robert pour une histoire de succession et de possession des richesses du comté d’Artois.
Du coup, lui voit cette affaire de princesses adultères comme pain béni pour lui : ça va affaiblir tata Mahaut, et en faisant ami-ami avec le futur roi Louis et lui rendant quelques menus services pour résoudre les grosses complications que lui créent cette affaire (mais je n’en dirai pas plus pour ne pas trop en révéler), notre Robert va pouvoir se rapprocher du pouvoir et espérer faire pencher la balance en sa faveur contre sa tante…

S’en suivent manipulations, trahisons, dénonciations, procès, problèmes dynastiques, assassinats de personnes trop gênantes, luttes d’influence et de pouvoir, pièges, exécutions, empoisonnements, vengeances.

Et une guerre qui durera cent ans.
Ah, la famille…

 

Avis : Première chose, cet avis portera sur les six premiers tomes. Je n’ai pas encore lu le septième et dernier, écrit des années plus tard et qui, parait-il, est assez différent des autres.

Le gros coup de cœur que j’ai pour cette saga, c’est l’intrigue. Ou plutôt LES intrigues, différentes au départ mais peu à peu tissées entre elles en un réseau de pièges machiavéliques et de situations inextricables, pour donner un écheveau de fils tous interdépendants, et très vite impossibles à défaire simplement. Ce qui fait que le moindre fait anodin peut au final avoir d’énormes conséquences soit pour une tierce personne au départ très éloignée, soit même au niveau de la politique du royaume, voir à l’international!

Deuxième coup de cœur: les personnages. Aucun n’est entièrement sympathique, et même les plus antipathiques finissent presque par être attachants. J’ai bien dit presque, hein…

Il y a ce roi froid et imperturbable, mais que l’on prend presque en pitié la seule fois où il confie le fond de son cœur et de ses dilemmes à sa fille. Il y a Marguerite, dure mais amoureuse de la vie et de ses plaisirs. Édouard II, roi et époux médiocres, objet de ses propres passions, mais dont la fin atroce ne peut laisser le lecteur indifférent.

Et surtout Mahaut et Robert, deux animaux politiques, deux bêtes féroces à égal pouvoir de nuisance. Ils sont de ces personnages que l’on adore détester, et l’on se réjouit de leurs affrontements, particulièrement lors des scènes où ils sont en tête à tête. C’est comme un combat de chiens enragés auquel on assisterait sans forcément prendre parti pour l’un ou l’autre, mais en en appréciant chaque pique, chaque coup porté à sa juste valeur, admiratif de la technique déployée.

Enfin, il y a le volet historique. Une bonne part de tout ceci est tiré de faits historiques (même si je doute fort que tout soit vrai, et surtout l’énorme « détail » autour de ce qu’il advient du petit Jean le Posthume). Mais on y retrouve les grandes lignes de l’Histoire, étayées par des fait avérés, et on a là une explication de l’instauration opportuniste de la loi salique qui, au contraire de la plupart des autres monarchies, excluait absolument les filles de l’accès au trône et de la transmission de la couronne. Une explication plausible, et un choix qui aura des conséquences politiques énormes tout au long des cinq siècles à suivre.

Un dernier mot sur le style : les dialogues ont une petite note surannée et charmante pour nous rappeler que l’on est bien au Moyen-Age, mais le style reste tout à fait abordable et compréhensible pour le lecteur des XXème et XXIème siècle. Cela coule tout seul.

Et ce style combiné à l’intrigue prenante rend le tout facile à lire. Bref, c’est le genre de livre dont on peut dire qu’une fois qu’on l’a ouvert, on a du mal à le refermer avant la dernière page.

Citations :

« Maudits ! Maudits ! tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races!… »

« Il y a dans l’Histoire une singulière lignée, toujours renouvelée, de fanatiques de l’ordre. voués à une idole abstraite et absolue, pour eux les vies humaines ne sont d’aucune valeur si elles attentent au dogmes des institutions ; et l’on dirait qu’ils ont oublié que la collectivité qu’ils servent est composée d’hommes. »

« Frère Renaud s’approcha pour fermer les yeux du roi. Mais les paupières qui n’avaient jamais battu se relevèrent d’elles-mêmes. Par deux fois, le Grand Inquisiteur essaya en vain de les abaisser. On dut couvrir d’un bandeau le regard de ce monarque qui entrait les yeux ouverts dans l’éternité. »

« Les tragédies de l’Histoire révèlent les grands hommes ; mais ce sont les médiocres qui provoquent les tragédies. »

« La justice n’appartient pas au roi, c’est le roi qui appartient à la justice. »

« C’est un grand acte à la fois de sagesse et de pitié de la part du créateur que de nous avoir interdit la connaissance de l’avenir, alors qu’il nous a octroyé les délices du souvenir et les prestiges de l’espérance. »

« C’est une erreur commune à tous les humains que de croire que leur prochain accorde à leur personne autant d’importance qu’ils lui en attachent eux-mêmes. »
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2 réflexions sur “Les rois maudits, de Maurice Druon

  1. Ta critique est géniale, tout simplement, et ton résumé aussi. Résultat, tu m’as donné sacrément envie de les relire !!

    Au passage, le sept ne vaut vraiment pas les autres et résultat, on finit la série sur une note un peu aigre. Franchement, tu peux t’en passer.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup! Et merci du conseil, je ne n’achèterai sans doute pas le septième, alors… Et ton avis recoupe d’ailleurs certains autres lus ça et là, du coup je vais sans doute m’abstenir, histoire de rester sur la note très très positive des 6 premiers… Et dans lequel toutes les intrigues ont trouvé leur résolution, de toute façon…

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