Les palmes de M. Schutz, de Jean-Noël Fenwick

Les palmes de M. Schutz, de Jean-Noël Fenwick


9782081249745

Les palmes de M. Schutz

Auteur : Jean-Noël Fenwick
Genres : Humour, Théâtre
Longueur : environ 100 pages

Résumé :

Fin XIXème siècle, à Paris.

Pauvre Professeur Curie ! Il se gèle dans son labo, une espèce de remise dans un recoin au fin fond de l’école de physique et chimie dirigée par l’irascible et ambitieux Schutz, ses recherches n’avancent pas car il bute sur un problème dont il ne parvient pas à expliquer la cause, son collègue Gustave essaie de l’entraîner dans ses minables combines à deux sous, la serveuse du resto d’à côté vient les interrompre sans arrêt, et surtout, SURTOUT il a sans cesse son chef sur le dos, à jouer la mouche du coche en exigeant de lui des RE-SUL-TATS.

Et par « résultats », dans le monde de la recherche, on entend « publication », quelque chose qui permettrait non seulement de faire briller l’école de physique et de chimie en mettant en avant l’excellence de ses chercheurs, mais surtout qui permettrait de coiffer la concurrence au poteau, de damer le pion à tous les autres. Et surtout, de valoir à son directeur M. Schutz tous les honneurs, et pourquoi pas ces fameuses palmes académiques après lesquelles il court depuis si longtemps et qui lui échappent toujours…

Et pour motiver ses troupes à produire les fameux résultats attendus dans les temps les plus courts, Schutz a une méthode bien à lui : il a décidé de couper le chauffage à nos deux scientifiques tant qu’ils n’ont pas pondu un papier brillantissime pouvant lui valoir ses fameuses palmes. S’ils veulent du charbon, z’ont qu’à turbiner, nom de nom ! Ah, ils vont voir ce qu’ils vont voir, ces deux feignants ! Et tiens d’ailleurs, qu’ils ne se plaignent pas, pour les aider dans leurs tâches et accroître le minable rendement de ce labo, il va leur adjoindre de la main d’œuvre : on lui a recommandé une étudiante polonaise tout droit débarquée de son pays, alors ordre est donné à Pierre Curie et Gustave Bémont de trouver quelque chose à faire faire à cette Maria Sklodovska.

Pauvre, pauvre Professeur Curie, vraiment ! Là, c’est le pompon. Il n’a pourtant vraiment pas le temps de baby-sitter une polack au nom imprononçable, amenée là on ne sait comment et qui ne voit certainement dans la science qu’un moyen d’échapper à sa condition, alors que lui, lui est entré dans la science comme on entre en religion, avec un but plus grand que lui-même, une vision plus noble que des considérations bassement matérielles, la volonté d’élever son esprit et la conviction chevillée au corps que de là naîtra le bonheur des peuples.

Lui, adepte du positivisme d’Auguste Comte, ne cherche ni son profit ni sa gloire personnelle; il est entré dans cette voie pour l’amour de la science et s’est donné à elle entièrement et sans contrepartie. Sans marchandage.

Sans compromission. Cette science, il l’aime et la veut pure et libre. Et ce n’est certainement pas une arriviste qui en plus doit surement parler français comme une vache espagnole qui va y changer quoi que ce soit.

C’est donc peu dire que quand Maria Sklodovska débarque dans son labo, il n’attend vraiment rien d’elle si ce n’est qu’elle s’assoie gentiment et ne touche à rien, pas même à sa pile de copies à corriger – et pourtant, quelle corvée!

Non, il n’attend rien de cette nouvelle recrue, et surtout pas une découverte qui révolutionnerait le nouveau siècle qui s’annonce.

Ni un prix Nobel.

Et encore moins l’amour…

Avis :

De prime abord, les austères Curie dans leur labo, ça ne fait pas d’office penser à de la franche rigolade. Et pourtant! Rien d’austère dans les personnages que Jean-Noël Fenwick nous fait découvrir ici, et encore moins dans les situations dans lesquelles il les place ! Distillation clandestine de tord-boyaux, ivresse involontaire sur le lieu de travail à dissimuler à sa hiérarchie, goulasch mijotant en douce entre les flacons de permanganate de potassium et la dynamite préparée pour la résistance polonaise, ou encore développement clandestin de photos coquines grâce au matériel du laboratoire, les situations loufoques sont légion dans ce labo, donnant lieu à des scènes hilarantes !

L’humour est présent à chaque scène, mais la « palme » en revient peut-être justement à M. Schutz, personnage aussi rond à l’extérieur qu’incisif à l’intérieur ! Mais sur ce volet comique il est secondé par l’inénarrable collègue de Pierre, ainsi que par la bonne des Curie, personnage sans instruction mais pleine d’un solide bon sens. D’ailleurs, la grande histoire l’a oubliée, mais dans cette pièce c’est finalement elle qui trouve (presque) le fin mot de l’histoire sur l’origine de la radioactivité de l’uranium et met ses patrons sur la voie… mais bon, c’est pas tout ça mais elle n’a pas que ça à faire : elle a un rôti de porc à préparer, elle.

Nul besoin d’être diplômé en physique des particules pour lire et apprécier cette pièce. Ceci étant, et contrairement à beaucoup d’histoires que leurs auteurs veulent placer dans le cadres des sciences sans pour autant y connaître grand-chose, il n’y a pas d’aberrations scientifiques ici: on sent que Fenwick aime son sujet, et s’y connaît suffisamment pour nous livrer une petite scène de vulgarisation scientifique, via Marie et Georgette, tout à fait drôle et compréhensible. Ça fait plaisir.

D’autres références historiques placent également la pièce dans son époque (Loie Fuller, La Goulue, Nini peau d’chien, les anarchistes, Sadi Carnot, Dreyfus…), histoire de nous rappeler qu’on est bien fin XIXème et qu’on n’est pas sensé connaître la suite de l’Histoire… avec un grand H.

En résumé : loufoque, drôle, impertinent, bien tournée, facile à lire et écrite dans un français contemporain, une pièce qui ne ressemble à aucune autre et qui « irradie » de joie et de bonne humeur !

Quelques citations, pour la bonne bouche:

(Bichro reproche à Pierre de ne s’intéresser à rien en dehors de la science:)

– Si je te dis Toulouse-Lautrec ?
– Une nouvelle ligne de chemin de fer?

(Marie fait semblant d’à peine savoir parler français :)

– Possibilité amarrer ma manteau sur votre bite ?
Bichro s’esclaffe et Pierre a du mal à garder son sérieux :
– Oui, mais on dit portemanteau.
Elle sort sont dictionnaire et lui montre :
– « Portemanteau, crochet, bite »
– Je sais, c’est français, mais enfin on dit surtout « portemanteau ».

(La serveuse du resto d’à côté rapporte aux trois chercheurs la nouvelle qui court au sujet d’un alcool frelaté :)

– Elle est empoisonnée. La police cherche une femme.
– Une femme ? Quel genre de femme ?
– Une maniaque. Ils parlaient tout le temps de la maniaque qui a empoisonné les gens. Elle a envoyé vingt-quatre personnes à l’hôpital.
– la maniaque ou l’AMMONIAQUE ?
– La moniaque, vous croyez? Qu’est-ce que c’est qu’une moniaque ?

Et en plus de lire le livre (ou si vous ne l’avez pas lu), si jamais la pièce se joue près de chez vous, courrez la voir, vous ne le regretterez pas! (je crois qu’elle se joue en ce moment à Bordeaux jusque fin Novembre…)

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3 réflexions sur “Les palmes de M. Schutz, de Jean-Noël Fenwick

  1. Il y a aussi un film, avec Philippe Noiret et Isabelle Huppert. Je ne sais pas à quel point il est fidèle à la pièce, mais je l’avais vu il y a des années (à sa sortie, OMG, il y a une éternité) et je me souviens être sortie du ciné avec la pensée que je ne voulais plus voir que des films comme celui-ci qui parvenaient à être intéressants tout en laissant un sourire aux lèvres d’enfer.

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    1. Exact, je l’ai vu à la télé, mais c’était après avoir vu la pièce, et du coup j’ai été déçue car la pièce est tout de même beaucoup plus fraîche et drôle !
      A noter tout de même pour ce film un casting de luxe avec Pierre-Gilles de Gennes (lui-même directeur de la fameuse école, l’ESPCI, au moment du tournage !) et Georges Charpak (qui dans sa jeunesse a travaillé dans le labo du gendre des Curie, Frédéric Joliot, puis à l’ESPCI) dans deux petit rôles de livreurs de pechblende. A ma connaissance, le seul film de toute l’histoire du cinéma avec au casting deux prix Nobel !

      Aimé par 1 personne

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