La mécanique du cœur, de Mathias Malzieu

La mécanique du cœur, de Mathias Malzieu


La mécanique du cœur

Auteur : Mathias Malzieu
Genres : Conte, fable.
Longueur : Roman.
Note : Traduit en 4 langues (en plus du français).

Résumé : L’histoire commence à Édimbourg en 1874. Jack naît le « jour le plus froid du monde » avec un cœur gelé. La sage-femme sorcière qui l’a mis au monde, le Docteur Madeleine, parvient à le sauver, en greffant sur son cœur une horloge à coucou qui l’aide à battre à un rythme normal. Jack peut vivre ainsi, mais à condition de remonter son horloge chaque jour et d’éviter toute émotion forte : pas de colère et surtout, pas de sentiments amoureux.

Avis, par Hetep-Heres :

Aujourd’hui, j’ai eu envie de vous faire partager un coup de cœur…
Un coup de cœur pas récent, d’ailleurs, parce que c’est un bouquin que j’ai lu il y a environ trois ans, déjà… oui, je suis assez longue à la détente !

Bref, ce livre qui m’avait intriguée d’abord (en lisant la quatrième de couv’), très agréablement surprise ensuite (en commençant à le lire – presque sans le lâcher de bout en bout), c’est « La mécanique du cœur », de Mathias Malzieu.

Un roman ? non, pas complètement. De la fantasy ? pas vraiment.
Un conte. Une fable.

Et comme pour tout conte, pour toute fable, l’histoire en elle-même n’est pas toujours ce qu’il y a de plus intéressant. Et là, ce n’est pas ce qui m’a scotchée. Eh oui, même dans les coups de cœur on peut trouver des faiblesses, et même dans les recommandations de lecture on peut parler de ses bémols. Commençons donc par ceux-ci.

L’histoire, donc : Fin du XIXè siècle, un petit garçon né avec un problème cardiaque, Jack, grandit un petit peu à côté du monde. Et un jour, la première fois qu’il se rend en ville, il a le coup de foudre pour une pré-ado de son âge, une chanteuse des rues. Son petit cœur déjà fragile est en danger de s’emballer trop fort pour ce qu’il peut supporter, sa mère veut à tout prix le protéger de ces émois dangereux pour lui.
Mais il persiste, et à force de persuasion, se lance quelques temps plus tard dans un périple à travers l’Europe à la poursuite de sa chanteuse envolée.
Il la retrouve, se déclare finalement, il font éclore leur amour adolescent, et pour la suite, ils ne se marièrent pas et n’eurent pas beaucoup d’enfants. Lisez pour savoir ce qui arrive.

On y trouve certaines expressions ou images anachroniques (bien que forcément volontaires, donc ce n’est pas de l’inattention et encore moins de l’ignorance, mais malgré le ton résolument moderne et actuel du récit, une référence à la coupe du monde de foot, par exemple, peut tout de même faire hausser un sourcil).
On n’évite pas non plus certains poncifs : l’orphelin ostracisé, les parents candidats à l’adoption passent pour des consuméristes et qui ne veulent pas de lui, la prostituée confidente, l’alcoolique philosophe, l’amour au premier coup d’œil, etc.

Et pourquoi diable, pour un écrivain français, être allé situer cette histoire (du moins sa première partie) en Écosse, si ce n’est pour pouvoir flanquer un prénom anglo-saxon à son personnage ? Du froid, de la neige et de la glace, il peut y en avoir ici aussi, on l’a encore vu récemment. Il n’avait pas besoin de « délocaliser » son histoire… D’autant qu’après le personnage rencontre Georges Méliès à Paris, puis migre vers le sud…
Enfin, il doit y avoir une raison là-dessous que je n’ai pas saisie.

Parlons maintenant de ce qui justifie ce gros coup de cœur :

Ce qui m’a attirée d’abord : le « bizarre », mais dans un bon sens : Jack nait le jour le plus froid du monde, il manque de peu y laisser la vie, et son cœur s’en trouve handicapé à jamais : pas moyen qu’il fonctionne tout seul ! On ne connait pas encore les pacemakers, qu’à cela ne tienne, pour assurer les battements de ce cœur fragile, une rebouteuse-bricoleuse lui greffe une horloge dont le tic-tac rythmera sa vie. Et l’élèvera. Au milieu du va-et-vient de ses patients rafistolés comme lui grâce à des objets du quotidien.
Du loufoque poétique, en quelque sorte…

Et la poésie, parlons-en, justement…
C’est bien là qu’est le GROS coup de cœur que j’ai eu pour ce livre. L’écriture.
Parfois fluide, parfois heurtée, toujours poétique.
Et SURTOUT, très, très, très imagée. Une plume qui manie la métaphore à merveille, même la plus inattendue.
Rien que cette idée de cœur battant comme une horloge, déjà. Mais pas que.
Tout ce livre est, de la première à la dernière page, un recueil d’images et de métaphores filées qui en font un véritable régal pour qui est friand de ce genre de chose.
Et plutôt que d’en écrire moi-même des tonnes à ce sujet, la preuve par l’exemple avec ces quelques citations.

L’entame, d’abord. Les deux premiers paragraphes :

Il neige sur Édimbourg en ce 16 avril 1874. Un froid de canard paranormal cadenasse la ville. Les vieux spéculent, il pourrait s’agir du jour le plus froid du monde. À croire que le soleil a disparu pour toujours. Le vent est coupant, les flocons plus légers que l’air. BLANC ! BLANC ! BLANC ! Explosion sourde. On ne voit plus que ça. Les maisons font penser à des locomotives à vapeur, la fumée grisâtre qu’exhalent leurs cheminées fait pétiller un ciel d’acier.

Édimbourg et se rues escarpées se métamorphosent. Les fontaines se changent une à une en bouquet de glace. L’ancienne rivière, habituellement si sérieuse dans son rôle de rivière, s’est déguisée en lac de sucre glace qui s’étend jusqu’à la mer. Le fracas du ressac sonne comme des vitres brisées. Le givre fait merveilles en pailletant le corps des chats. Les arbres ressemblent à de grosses fées en chemises de nuit blanche qui étirent leur branches, bâillent à la lune et regardent les calèches déraper sur une patinoire de pavés. Le froid est tel que les oiseaux gèlent en plein vol avant de s’écraser au sol. Le bruit qu’ils font dans leur chute est incroyablement doux pour un bruit de mort.

Voilà pour la mise en bouche. Quelques autres pépites, maintenant, glanées ça et là (mais pas trop, il faut que je vous en laisse à découvrir…) :

Les conseils du Docteur Madeleine à Jack :

« Premièrement, ne touche pas à tes aiguilles.
Deuxièmement, maîtrise ta colère.
Troisièmement, ne te laisse jamais, ô grand jamais, tomber amoureux. Car alors pour toujours à l’horloge de ton cœur la grande aiguille des heures transpercera ta peau, tes os imploseront, et la mécanique du cœur sera brisée de nouveau. »

*

J’ai la gueule de bois amoureuse ; le réveil est violent.

*

Il doit rester quelques rêves d’enfant cachés sous mon oreiller, je tenterais de ne pas les écraser avec ma tête lourde de soucis d’adulte.

Et encore celle-ci :

Je l’effleure de touts mes forces, elle m’est fleur de toutes les siennes.

N’est-ce pas tout simplement merveilleux et magique ?

Pour conclure un petit mot sur l’auteur :

Le nom de Mathias Malzieu et le titre du livre vous rappellent quelque chose, mais vous ne savez mettre le doigt sur quoi ? Éclairons votre lanterne : il est d’abord chanteur et parolier, membre du groupe Dionysos, et « La mécanique du cœur » est aussi le titre d’un album de ce même groupe, en lien très étroit d’ailleurs avec le roman. Il en est même une sorte d’illustration musicale, on y retrouve beaucoup des images qui m’avaient plu dans le livre.

Mathias Malzieu a également écrit deux autres romans : « Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi », où l’on retrouve ce style si particulier et qui traite d’un sujet plus sérieux encore : le deuil suite à la perte d’un proche. C’est son premier roman (que j’ai aimé aussi, mais sans doute un peu moins que celui-ci, ceci étant peut-être dû à la situation un peu trop proche du sujet dans laquelle j’étais lorsque je l’ai lu). Et depuis il a sorti également « Métamorphose en bord de ciel » (pas encore lu, je viens de l’emprunter à la bibliothèque).

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