Si c’est un homme, les rescapés et les naufragés, de Primo Levi

Si c’est un homme, les rescapés et les naufragés, de Primo Levi


Si c’est un homme

Auteur : Primo Levi
Genre : Récit autobiographique, témoignage, réflexion
Langue originale : Italien

Résumé

Si c’était un hommeSi c’est un homme raconte l’expérience de son auteur dans le camp d’extermination d’Auschwitz pendant la Seconde Guerre mondiale. Primo Levi explique, à partir de son quotidien dans le camp, la lutte et l’organisation pour la survie des prisonniers. Tout au long de ce récit, il montre les horreurs de la déshumanisation des camps.

Ce livre comprend de nombreuses citations et rappels de La Divine Comédie de Dante : là où Dante descend dans les neuf cercles de l’enfer avant de retrouver le paradis, Primo Levi s’enfonce dans l’horreur de ce camp d’extermination. Il est considéré comme un des meilleurs témoignages sur la Shoah, car contrairement à d’autres récits, Primo Lévi ne raconte pas la vie des camps de manière linéaire mais l’explique sur un ton neutre et dépassionné presque à la manière d’un sociologue.

L’auteur est arrêté en décembre 1943, en Italie, alors qu’il débutait des activités de résistant, dans un groupe très peu organisé. Il est déporté à Auschwitz. Ayant échappé de justesse à la sélection qui conduisait à l’élimination pure et simple, il est assigné au camp de Monowitz (Auschwitz III). De son récit se dégagent l’humiliation, la perte de dignité humaine que les nazis ont fait subir aux Juifs.

Il explique le rôle des kapos qui sont en fait bien souvent des prisonniers de droit commun, sélectionnés pour leur violence. Il explique aussi les hiérarchies à l’intérieur du camp, le « système » de promotion interne, les combines et ainsi pourquoi certains prisonniers ont pu survivre au « Lager » plusieurs années alors que la plupart y moururent en quelques mois.

Son témoignage est aussi marqué par cette crainte du froid, la faim tenace, le désintérêt complet des prisonniers pour les plus faibles d’entre eux. Dans le camp, la solidarité était totalement absente.

Heureusement, grâce à sa formation de chimiste et essentiellement à sa chance (selon Primo Levi), il va se trouver une place plus protégée. Malade de la scarlatine à l’évacuation du camp par les nazis, il échappe ainsi aux terribles marches de la mort, et organise avec deux autres camarades encore valides la survie de son « Block » à l’infirmerie, où il passe ses derniers jours avant la libération du camp par les soviétiques.

Un appendice a été ajouté à partir de 1976 à certaines éditions de Si c’est un homme, où Primo Levi essaie de répondre aux questions récurrentes posées lors de ses conférences.

Les naufragés et les rescapés :  » C’est arrivé et tout cela peut arriver de nouveau : c’est le noyau de ce que nous avons à dire.  » Primo Levi (1919-1987) n’examine pas son expérience des camps nazis comme un accident de l’histoire, mais comme un événement exemplaire qui permet de comprendre jusqu’où peut aller l’homme dans le rôle du bourreau ou dans celui de la victime. Quelles sont les structures d’un système autoritaire et quelles sont les techniques pour anéantir la personnalité d’un individu ? Quel rapport sera créé entre les oppresseurs et les opprimés ? Comment se crée et se construit un monstre ? Est-il possible de comprendre de l’intérieur la logique de la machine de l’extermination ? Est-il possible de se révolter contre elle ?
Primo Levi ne se borne pas à décrire les aspects des camps qui restaient obscurs jusqu’aujourd’hui, mais dresse un bilan pour lutter contre l’accoutumance à la dégradation de l’humain.

Poème du début de Si c’est un homme

Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.

Turin, janvier 1947, Primo Levi

Avis :

Pour cette recommandation, j’ai choisi deux livres du même auteur, à savoir Primo Levi et, délibérément son tout premier livre, écrit « à chaud » et publié courant 1947 et constitue l’un des premiers témoignage de la Shoah, et son tout dernier, écrit et publié quarante ans plus tard. Ce sont deux livres, à mon avis, totalement indissociables qu’il faut lire l’un après l’autre. Non seulement, il permet au lecteur de voir l’évolution de l’auteur, de ce qu’il a tiré de son expérience terrible des camps de la mort mais aussi les réflexions que cela a amené au cours du temps.

Si c’est un homme est sans doute l’un des plus précieux témoignage de la destruction des Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale (avec le Journal d’Anne Franck) et accessible au plus grand nombre (il existe des livres d’analyses mais souvent très complexes à aborder. Notons les ouvrages d’Eugene Kogon, comme L’Etat SS ou Les chambres à gaz : Secret d’état qui restent des ouvrages clé pour comprendre la mise en place de la mise à mort de façon « industrielle »). Le témoignage de Primo Levi possède une indéniable qualité : il n’est pas larmoyant, il ne se complait pas dans un rôle de victime et reste un ouvrage incroyablement optimiste au fond de l’enfer. Cela peut paraître terrible de dire cela mais à travers certaines anecdotes, Primo Levi montre que la vie est plus forte que la mort. Bien sûr, lui-même le dira et le reconnaîtra, il n’a pas touché le fond du gouffre, il n’est pas devenu, dans le jargon des camps, un  « Musulman » (terme désignant les prisonniers les plus éteints et atteints par l’enfer dans lequel ils étaient plongés. Mais son témoignage reste l’un des plus précieux de l’univers concentrationnaire.

Les naufragés et les rescapés lui est nettement plus pessimiste. Il ne faut pas oublier que Primo Levi a eu de nombreuses traversées du désert depuis sa libération et a souffert de dépression. Sans compter que il a eu connaissance d’autres génocides au cours de ces quarante années, notamment le génocide au Cambodge sous la dictature de Pol Pot (et que Levi sera l’un des rares à dénoncer dans notre monde occidental) qui a influencé très certainement sa foi en l’être humain. Ce dernier ouvrage est d’abord et avant tout une réflexion à la fois sur son expérience unique mais aussi sur les conséquences de l’enfermement des humains dans un espace réduit et les besoins élémentaires réduits au minimum, la mémoire au sens large du terme. On peut lire entre les lignes aussi ce qui a tourmenté Primo Levi durant toutes ces années : avoir survécu alors qu’il estime ne pas avoir été meilleur qu’un autre et, peut être, au détriment d’un camarade, tourment que l’on retrouve chez un grand nombre de victimes de la Shoah mais aussi, finalement, de victimes au sens large.

Pour conclure, ces deux ouvrages sont deux ouvrages qui m’ont réellement bouleversée. Je considère qu’il y a eu un avant et un après Si c’est un homme.

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2 réflexions sur “Si c’est un homme, les rescapés et les naufragés, de Primo Levi

  1. Je n’ai lu que le premier, il y a des années, qui m’avait littéralement bouleversée. Tu as bien raison de le recommander et je note de me procurer le second rapidement, tu m’as convaincue d’aller plus loin!

    (Au fait, viens de sortir un très beau film sur le procès des SS d’Auschwitz, ça s’appelle Le Labyrinthe du Silence et j’ai trouvé que c’était, pas parfait, mais très bien)

    Aimé par 2 people

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