La camisole des anges, de Bernard Hananel

La camisole des anges, de Bernard Hananel


Couverture "La camisole des anges"

La camisole des anges
Ou ebook

Auteur : Bernard Hananel.
Genre : Littérature blanche, romance, polar, thriller.
Longueur : roman. 252 pages.

Résumé :

Un artisan désabusé suite au décès de son épouse, rencontre une jeune fille assez particulière qui va bouleverser sa vie.

 Je me retrouve au bord de la route, scrutant l’horizon. Paralysé, à l’état de simple esprit égaré, luttant pour retrouver un semblant de raison.

J’entends le cyclomoteur avant de le distinguer, puis j’aperçois Pénélope, les cheveux dans le vent. Cette petite conne n’a pas de casque. Elle arrive à ma hauteur, coupe le moteur et laisse choir l’engin dans l’herbe du talus. Brusquement, les choses deviennent évidentes, le monde cohérent. C’est un ange, un mirage… un miracle. Elle est là… à quelques mètres… debout dans la lumière, sans bouger, telle une déesse antique. Sa silhouette résonne en moi comme un frisson. Est-ce que c’est le plus beau jour de ma vie ? Je comprends que cette apparition restera gravée dans mon coeur jusqu’à la fin de mes jours, quoi qu’il advienne. La terre peut bien s’ouvrir en deux et vomir des torrents de lave. La foudre peut bien tomber à mes pieds. Le diable en personne peut bien surgir et aspirer mon âme avec une paille, je ne pourrai détourner les yeux. Armando peut bien gaspiller tout le plâtre qu’il désire. Paul peut bien me pourrir toutes les bâches de l’univers. Ils ont tous ma bénédiction, mon absolution…

Je dis : « Pénélope… je… j’ai… »

Je murmure : « Pénélope… »

Je susurre : « Mais tu me fais quoi, bordel… »

Avis, par Morgann :

Est-il besoin de présenter l’auteur Bernard Hananel ? Non pas, pour qui se sera plongé dans une lecture attentive de La camisole des Anges. Plus qu’un rébarbatif curriculum vitae, ce roman est révélateur et une révélation. Présenté comme « 40% fiction, 30% autobiographie, 10% rêve, 20% humour » par l’auteur dans les avant-propos, nul n’a à rougir de le soupçonner d’avoir tronqué ces chiffres.

La camisole des anges prend la forme d’une fenêtre ouverte sur l’indicible, sur l’esprit de l’artiste à sa tâche, sur l’homme qui prendrait de la hauteur pour s’observer. Aucun besoin de scénario alambiqué pour cette tâche. Bernard Hananel fait revivre Francis, quarante et un ans, un artisan renfermé sur lui-même depuis le décès de sa femme, dans les bras de Pénélope, splendide fille de dix-huit ans. La simplicité est un trésor infini.

Le livre aurait pourtant pu s’arrêter à la première phrase, avec sa répétition de ce « on » si désagréable, mais deux pages plus tard, tout est oublié, pardonné. Le temps s’arrête, le monde à l’entour s’estompe à suivre Francis, cet artisan récitant des vers de Lamartine, surpris de voir la vie le sortir de sa torpeur fataliste dès lors où il prend en stop la jeune Pénélope. Quel plaisir paresseux de se faire guider par la plume de l’auteur lors de l’escalade du mont Amour et pouvoir observer à loisir le panorama une fois à la cime !

Les orages les plus violents sont au sommet des montagnes ; ainsi, les coïncidences qui lient Pénélope au meurtre de son précédent copain, puis à celui d’un coutelier, qu’elle a volé sur un marché, se révèlent être annonciateurs d’un cyclone entraînant le couple dans son œil. Livre romantique, roman policier, thriller ? A mi-chemin entre ces propositions sans aucun doute, bien qu’il faille attendre la page 90 pour vraiment voir la composante « policier-thriller ».

Il est seulement regrettable que le dénouement de cette composante laisse un goût de sprint dans la bouche, le jean sur les chaussures dans un ascenseur. Autant l’auteur prend le temps de monter pas à pas les marches du processus amoureux, de semer les petits cailloux pour cerner le concept de « camisole des anges », autant accélération du rythme et de la tension ne devrait pas rimer avec précipitation du récit.

Dernier bémol – un grain de sable – : en comparaison de la pureté de certaines phrases, de la capacité à exprimer avec joliesse des sentiments inextricables, certaines « grossièretés » jurent avec le reste du récit lorsqu’elles sont utilisées avec abus. Autant elles amènent l’humour du roman la plupart du temps, autant quelques passages seraient à assagir :

« Une petite voiture de pédéraste qui brille comme un vernis à ongles. C’est une putain de belle journée. Comme quoi… je ne suis vraiment qu’un pauvre con. Le diable m’a déjà sodomisé, force cinq sur l’escabeau de l’enfer… et j’en redemande. Je sens son gland pustuleux me déchirer les entrailles, mais je reste là, souriant, béat d’admiration, en écartant bien les fesses pour lui faciliter le passage. » (Page 170)

Surtout pour un auteur capable de passage tel que celui-ci :

« Lorsque le soir descend les marches qui raccordent la lumière divine à l’obscurité des catacombes, je m’endors dans l’épuisement des masques grimaçants de la nuit, par lassitude des clartés factices qui brillent pour mieux projeter leurs ombres lugubres. Et toujours ces cauchemars qui m’aspirent dans la spirale des réminiscences, toujours la même torture m’enserrant le cœur et les tempes, toujours le même étau de sueurs froides comme une couronne d’épines vénéneuses. Le même supplice qui me transperce le diaphragme d’une flèche rougie dans les forges de l’enfer. » (Page 19-20)

Si je puis avancer un commentaire plus personnel, la richesse de ce roman est à mon sens tout ce qui ne se lit pas, tout ce que l’entre-ligne laisse percevoir, la réflexion amenée. Et cette richesse, je ne peux la transcrire qu’en invitant à lire La camisole des anges, lié que je suis par ce même concept.

« Un poète, c’est l’esprit d’un ange dans un corps d’homme et ce corps est une camisole dont il ne peut s’extraire que d’une seule façon, en essayant d’exprimer l’indicible. La camisole des anges est une démarche d’autant plus belle qu’elle ne sert à rien. C’est bizarrement l’inutilité de la poésie qui la rend indispensable. »

Prix : 11 euros (livre papier), 2.99 euros (ebook).

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