Les mauvais anges, d’Eric Jourdan

Les mauvais anges, d’Eric Jourdan


Les mauvais anges

Auteur : Eric Jourdan.
Genre : érotique, drame.
État : roman, 170 pages environ.

Présentation de l’éditeur : Bien que loué en préface d’un « don de poésie exceptionnel » par deux auteurs de renom (Robert Margerit et Max-Pol Fouchet), Éric Jourdan et ses Mauvais Anges sont interdits en 1956, par une Commission de censure alors largement homophobe. Faisant, malgré elle, des Mauvais Anges un livre mythique qui, bien, que plusieurs fois réédité, n’est jamais paru en poche.
Les anges n’ont pas de sexe, dit-on, mais on reprochait à ceux d’Éric Jourdan d’avoir le même. Et pourtant, tout est normal dans cette histoire, qui est celle d’un amour fou, romantique et brutal comme la jeunesse. Si ce n’est que les protagonistes s’appellent Pierre et Gérard, qu’ils ont quinze ans, qu’ils sont cousins, et que durant un été ils vont s’aimer et s’entredéchirer jusque dans la mort…

Avis : Voici un roman que j’ai lu il y a plusieurs années et qui m’a considérablement marquée, d’abord parce qu’il est merveilleusement bien écrit, ensuite parce que l’auteur l’a écrit alors qu’il n’avait que 16 ans (incroyable !), enfin parce qu’il est troublant sur plus d’un point.

Il est publié chez l’éditeur La Musardine et présente aussi l’intérêt d’avoir été écrit au milieu du XXème siècle, et donc de traduire une vision de l’homosexualité correspondant à une époque qui n’est pas très éloignée de la nôtre mais pas tout à fait la même non plus.

C’est un très bon roman, en tout cas, ça c’est sûr. Le style est excellent, riche et tout en poésie, que ce soit dans les descriptions des deux protagonistes, de l’amour qu’ils se portent ou, tel qu’on le lit tout au long de l’histoire, de la nature servant de cadre à cette histoire d’amour le temps d’un été. C’est d’ailleurs quelque chose que j’ai adoré, ce cadre avec la Loire (la rivière), le soleil, les champs et son herbe fraîche…

Concernant l’histoire en elle-même, elle parvient à être à la fois belle et extrêmement troublante dans la façon dont les deux jeunes hommes s’aiment, et même dérangeante : c’est important à signaler. Il ne s’agit pas de « bons garçons » : tous deux ont leur part de ténèbres. La manière dont l’auteur parle d’amour, dans son extrémisme autant par les sentiments que les deux garçons se portent que dans le besoin de se posséder l’autre et d’être à la fois possédé l’un par l’autre est autant beau que source de malaise. De nombreuses questions sont, de plus, soulevées : la question de la projection dans un avenir pour ces deux jeunes hommes ayant une relation que tout, dans la morale de l’époque, réprouve, y compris dans le fait qu’ils sont cousins et vivent alors sous le même toit. Certaines phrases, marquantes, comme lorsque l’auteur insiste sur le caractère mâle des deux personnages, comme si c’était particulièrement important, pour lui, de le rappeler ou, plus encore, lorsqu’il parle de l’attirance mêlée de jalousie de la beauté de l’autre entre les deux jeunes hommes.

Je le conseille aux intéressés, en tout cas. J’y ai trouvé un côté Rimbaud, entre pureté de l’adolescence et personnages trop torturés pour que leur amour puisse s’exprimer autrement que dans la violence, souvent d’une poésie formidable et, parfois, dans cette poésie, curieusement cru, lorsque le récit passe du point de vue de Gérard… Pas dans les mots mais plus les actes. Un regard et un style d’histoire que l’on n’a pas l’habitude de lire et qui est d’autant plus intéressant, donc.

Deux citations : l’une, issue de la quatrième de couverture :

Ce que nous soulignerons surtout, c’est à quel point ce court roman de la folle passion de deux très jeunes hommes garde – aujourd’hui que la « littérature homosexuelle » se perd dans le réalisme le plus plat, le plus répétitif, le plus gratuit – une aura de trouble infini qui ira droit au cœur, même de ceux qui sont le plus étranger à cet enchaînement amoureux.

Et l’autre, directement dans le texte : la première description de la beauté de l’autre par le personnage narrateur (première page) :

Les jambes écartées, une touffe de saponaires jaune pâle contre ses genoux, Gérard dormait. Sa chemise entr’ouverte semblait une vague blanche se brisant sur sa poitrine dont le dôme avait la couleur du miel – et mes yeux s’attardèrent dans l’échancrure du col aux muscles de sa gorge, accusant de leur force la douceur des ombres vers l’épaule. Du visage, je n’avais que la joue ; les cheveux s’emmêlaient de tiges d’herbes coupées : des mèches roulaient sur son front ; dans le creux de la tempe, une veine lourde, gonflée par la chaleur, amenait à la pommette la lueur confuse du sang et chargeait ce garçon au repos d’une volupté plus violente que ne le faisait l’arrogance de ses traits lorsqu’il était debout en plein soleil.

Prix : 7.95 euros (livre papier).

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